foto_alexander« Quand on dit que l’élève, pour sa part, “coopère” lorsque le professeur installe l’allongement en totalité de son organisme, cela signifie qu’elle répond verbalement à chacune des stimulations de son professeur (ou de sa perception subjective de sa situation dans l’espace) d’une manière convenue à l’avance par raisonnement : elle répond verbalement “non” à chaque demande, à chaque ordre émanant du professeur ou d’une sensation de faire quelque chose pour corriger, et se commande “de ne rien faire”, de ne pas se contracter ou de ne pas se relaxer. De cette manière l’élève apprend à interposer le langage (une action sur elle-même d’ordre “psychique”) entre une stimulation et les actions sur elle-même d’ordre physique, sachant que ces actions sur elle-même seront des actions négatives, qu’elle refusera de faire simultanément à un certain nombre d’actions. Elle commence ainsi à prévenir l’apparition et le renforcement d’activités, d’actions sur elle-même mal dirigées. Dans cette démarche, l’élève va tout de suite reconnaître qu’il s’agit dans ce “non” d’un usage particulier du langage ; ce n’est pas un commentaire sur la situation ou sur sa perception de la situation, ce n’est pas un langage communicatif dirigé vers son interlocuteur mais une commande dirigée vers elle-même, vers son propre comportement. L’inhibition cognitive représente un usage du langage dirigé sur soi pour se commander soi-même de ne rien faire (sur soi-même). La stimulation verbale est autonome – le professeur exhortant, poussant, suggérant à l’élève de son côté à faire quelque chose sur lui-même – et elle permet à l’élève de placer sa propre conduite sous le contrôle d’une régulation verbale qu’elle s’adresse à elle-même. Dans ce schéma, l’élève se contrôle et se dirige malgré les stimulations du professeur qui lui parviennent via ses sensations ; par extension, l’élève se contrôle et se dirige – contrôle et dirige une absence d’action sur lui-même – à l’aide de la pensée-verbale malgré ses sensations. L’élève entre dans une nouvelle relation vis- à-vis de ses sensations et vis-à-vis de ses actions sur elle-même. Des actions nouvelles sur elle- même deviennent ainsi “possibles” sans recours à une sensation pour les appuyer. Si le professeur de Technique FM Alexander Vygotskienne découvre une stimulation externe pour agiter l’élève (l’élève réagit en produisant une action sur lui-même), il pourra la répéter autant de fois que nécessaire (le professeur répètera cet ordre de faire quelque chose) jusqu’à ce que l’élève obtienne le résultat escompté en réponse à une telle commande de l’extérieur ou via ses impressions, à savoir aucune action de sa part sur lui-même, aucun résultat, en d’autres termes “ne rien faire”. Dès que l’élève saura reproduire les conditions de l’obtention en pratique d’une réponse appropriée à sa propre commande de ne rien faire face à cette stimulation, le professeur cherchera une autre stimulation que l’élève pourra travailler à inhiber. Refuser d’accomplir un ordre ou une correction en fonction de ce qu’elle sent est un acte de la pensée qui se présente dans l’activité pratique sur soi-même. Un observateur voit très facilement si l’élève dit objectivement “non”, si elle inhibe le désir d’accomplir les ordres qui lui sont donnés. Cette activité psychique de commande de l’activité pratique sur soi-même est nommée simplement “inhibition” par FM Alexander dès 1896. Par cet usage particulier du langage et de la pensée, l’élève met fin à son agitation et change son attitude vis-à-vis de la leçon. D’objet de la leçon, de “patient”, elle devient l’acteur, le pilote, et commence dès le départ à prévenir ses réactions trop vives, trop anxieuses et toutes ses activités mal-dirigées comme celle de se corriger constamment en fonction de ce qu’elle ressent comme “juste”.»

Jeando Masoero, L’inhibition cognitive : un nouvel usage du langage pour Co-opérer, Article 2011.

Référence : inhibition cognitive

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